Le stress chez les bovins

Le stress est un mot devenu très à la mode dans notre société. Il est défini comme l’ensemble des réactions de l’organisme face à une situation stressante ou à des facteurs de stress.

Au niveau physiologique, le stress est caractérisé par une augmentation des concentrations sanguines des glucocorticoïdes et du cortisol (hormone du stress par définition). Le but de cette réaction hormonale complexe est d’apporter plus d’énergie à l’organisme pour qu’il puisse se défendre lors de situations de danger. Lors d’un stress de courte durée, l’organisme est capable de réagir sans que cela n’entraîne de conséquences sur la santé à long terme. Un stress de longue durée (4 à 5 jours) cependant aura des répercussions beaucoup plus dommageables.

Le bovin, contrairement aux équidés, n’est pas un animal de fuite car il n’en a pas la capacité pulmonaire. Il va plutôt cacher ses émotions (stress, peur, douleurs) pour ne pas montrer sa vulnérabilité aux prédateurs. Mais, souvenons-nous que son absence de réaction ne veut pas dire absence de souffrance. Par exemple un veau avec beaucoup de fièvre ne va pas forcement nous sauter aux yeux et va continuer en partie de boire sa ration de lait. Chez les veaux, il a été démontré que le stress chronique impliquait une baisse de poids due à la déshydratation et à la mobilisation des réserves ainsi que la suppression de la fonction immunitaire. Ce qui a pour conséquence un risque élevé de développer des maladies [Moberg GP et all, 2000]. Et parmi celles-ci, les infections pulmonaires aux mycoplasmes, tant redoutées chez les veaux, sont favorisées par les stress [Perez-Casel J.,2020].

Nous, humains, savons reconnaître les situations qui nous procurent du stress : surcharge de travail, délais à respecter, factures à payer, orage qui menace alors que le foin est coupé, visite du contrôleur PI, etc. Mais qu’en est-il pour les bovins ? Est-ce qu’en tant que détenteurs ou vétérinaires nous prenons assez à cœur de limiter le stress pour les animaux ? Le premier stress dans la vie est bien sûr la naissance. Les veaux nouveau-nés montrent des taux de cortisol sanguins augmentés [Stojic et al,2002], il est donc conseillé de ne pas les changer de système de détention avant 3 semaines et de leur éviter tout stress supplémentaire comme l’écornage ou la castration.

Sous sa mère, le veau va avoir accès à la mamelle comme il l’entend. On peut donc imaginer que de limiter l’apport de lait à 2 fois par jour pour un jeune veau représente un stress important. C’est pourquoi l’abreuvement à volonté (ou en tout cas en grande quantité) est à favoriser. Il a été démontré que l’alimentation ad libitum augmentait le bien-être animal. Les veaux alimentés ainsi montre moins de signe de faim [Morieza H. Ghaffari et al, 2021]. Vous trouverez plus d’information sur notre site à ce sujet.

Le stress thermique est très dommageable pour les bovins et risque de prendre de l’ampleur à cause du réchauffement climatique. Mais l’effet des basses températures sur les veaux n’est pas à négliger, c’est pourquoi il est primordial qu’ils puissent se coucher sur une bonne couche de paille sèche et au besoin être réchauffés à l’aide d’une couverture ou d’une lampe infrarouge. Le sevrage est un autre grand facteur de stress pour les veaux. Il est important d’éviter autant que possible l’accumulation de différents stress durant cette période charnière. L’organisme a besoin d’environ 2 semaines pour se remettre d’un stress [Tomkins et all, 1991]. Lors de la mise en groupe, des luttes hiérarchiques vont avoir lieu pour l’accès au fourrage, à l’eau et à l’espace de couchage. Là encore, les veaux vont être exposés à un stress important, particulièrement les plus faibles. Le stress sera diminué si on laisse suffisamment de place pour chacun (> 3m2).

Bien que placide, le bovin est un animal de troupeau qui a besoin de ses congénères pour se sentir en sécurité. On peut réduire le stress en évitant d’isoler un animal à traiter, par exemple. Le travail pour nous, humains, en sera facilité. Nous avons parlé du vêlage du point de vue du veau, mais pour la mère il s’agit également d’un énorme stress. C’est pourquoi il est conseillé de l’amener dans le box de vêlage quelques jours avant terme. Pouvoir conserver un contact visuel avec le reste du troupeau va la rassurer. Et si besoin, l’humain apportera son aide dans le calme et le respect.

Les vaches en troupeau vont établir une hiérarchie. Et ce sont souvent les nouvelles arrivées, les génisses, qui vont en souffrir. Comme nous, les vaches ont des « amies » et des « ennemies ». Leur laisser suffisamment de place sur l’aire d’attente pour qu’elles puissent choisir à côté de qui elles veulent se mettre en salle de traite peut contribuer à un déroulement de la traite plus serein (temps de traite moins long, meilleure éjection du lait, cellules moins élevées) [Peinhopf W, die gesunde Herde]. N’oublions pas que l’effet de l’ocytocine sur la mamelle est contrecarré par l’adrénaline qui est produite lors de situations stressantes.

Dans les prochaines éditions de notre newsletter, nous parlerons du stress chez les humains, de ses méfaits et de comment le minimiser chez les agriculteurs et les vétérinaires.

Christine Steiner, vétérinaire SBS

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